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Kouchner : soldat de la Françafrique ? Convertir en PDF Version imprimable E-mail

Le monde selon K.« Au commencement était la saga des missionnaires laïcs. Dans les palais de l’ex-Afrique occidentale française (A-OF), ou de sa cousine équatoriale (A-EF), les pionniers du conseil croisent d’anciens piliers de l’administration coloniale, trop attachés à leur terre d’adoption pour rentrer en « métropole » quand sonne l’heure de l’indépendance »1.  C’était pendant les années 60, et les deux décennies suivantes. Sous de Gaulle, Pompidou, Giscard, et même Mitterrand, Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » de l’Elysée, est au faîte de sa puissance. Considéré comme l’instigateur de nombreuses conspirations et coups d’Etat en Afrique, grand ami de dirigeants africains humanistes ou crapules - Felix Houphouët-Boigny, Modibo Keïta mais aussi l’anachronique Empereur Bokassa -,  la barbouze en costume trois pièces active le premier ce qu’on appellera les « réseaux de la Françafrique », qui changeront de nature au fil des années. Car vingt, trente ans après leur indépendance, les anciens colonisés de la France, profitant de ces réseaux d’influence, commencent à s’offrir à prix d’or les conseils et les services d’intellectuels ou de publicitaires parisiens, pour soigner leur image et asseoir leur statut de chefs d’Etat. Des nègres blancs pour des noirs présidents... Puis, sous les mandats de Mitterrand et de Chirac, c’est l’époque des ballets incessants Paris-Afrique, avec pour passagers principaux Jacques Séguéla, Thierry Saussez, Paul Bory et autres conseillers en communication des bords de Seine. Ils offrent leurs services au président camerounais Paul Biya, à Son Excellence gabonaise Omar Bongo, à l’éminence togolaise Gnassimbe Eyadema.

Février 2009, le livre de Pierre Péan nous apprend – mais est-ce vraiment un scoop : des journalistes comme Vincent Hugeux, Stephen Smith et Antoine Glaser l’ont écrit avant lui – que la personnalité politique préférée des Français, Bernard Kouchner, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, a mis ses compétences au service de l’indétrônable Omar Bongo, commanditaire d’un audit sur le système de santé et la couverture maladie en 2003. Péan avance que ladite étude, pour laquelle Kouchner a travaillé entre 2003 et 2006 en tant que consultant de la société de conseils Imeda, a coûté aux Gabonais plus de 2,6 millions d’euros. Qu’à son arrivée au Quai d’Orsay en mai 2007, Bernard Kouchner fait nommer le président d’Imeda, Eric Danon, ambassadeur à Monaco. Et que le chef de la diplomatie française continue alors à réclamer au président Omar Bongo le règlement de 817 000 euros d’impayés.


1. Vincent Hugeux, Les sorciers blancs : enquête sur les faux amis français de l’Afrique, Editions Fayard.


 

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